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Cher Fernand Léger,

Argentan le 18 juin 2006

 

Portrait de Fernand Leger - Mediatheque d'Argentan

Vous[Infobulle : infoplus ] m’accorderez la liberté de vous écrire d’Argentan ce 18 juin et de jouer sur deux tableaux : vous êtes argentanais et lettré. Preuve en est, j’ai sous les yeux votre lettre datée du 18 juin 1918, adressée à votre copain d’école, Louis Poughon : « Me voilà installé à Argentan pour une dizaine de jours… cela faisait quatre années. Comme notre belle ville a changé… A-t-on vieilli tant que cela nous aussi ?… vraiment cette guerre est quelque chose d’énorme. Elle bouleverse jusqu’à notre pauvre ville nataleVous sortiez alors de la boue des tranchées de Verdun où vous aviez perdu santé et illusions mais jamais vos pinceaux.
 
C’était la première, mais hélas, pas la der des ders. La Seconde guerre mondiale fut rude de ce côté de la Normandie et Argentan amplement détruite en 1944. Vous l’avez su de votre exil à New York, la « ville verticale » qui vous a tant fasciné. Parce que la guerre, c’est gris, vert de gris, gris fer, votre revanche sera de porter haut et partout les couleurs vives et vivantes : le rouge, le jaune, le bleu et  le vert.

 
Argentan vous a vu naître le 4 février 1881 et reste fière d’être une terre de graine d’artiste. Votre maison aux volets bleus garde dans ses murs intacts vos secrets d’adolescent et vos coups de crayons qui ont fait votre réputation au Collège Mézeray. Côté jardin, les iris bleus fleurissent tous les printemps. A 16 ans, vous prenez le chemin de Caen et c’est en 1900 que vous débarquez dans le Paris de la Belle Epoque.

 
Après différents petits boulots et de belles rencontres, vous flirtez avec le cubisme et ses volumes. Très vite, vous préférez les contrastes de formes et le choc des couleurs. Votre credo, c’est de montrer la vie sur toutes ses facettes. Jacques Prévert dira de vous que vous êtes « un peintre de tous les jours ». La mécanique et les temps modernes vous inspirent des œuvres telles que Les constructeurs, Le cirque, Les loisirs.

 
Véritable consécration à l’occasion du cinquantenaire du Front Populaire, La Poste salue l’artiste engagé et grave, en 15 millions de timbres, votre oeuvre Les loisirs.

 
Vache normande à la manière de Fernand Léger - Mediatheque d'ArgentanPendant toute sa vie, Adèle, votre mère vous ramène à Argentan, au moins par la pensée sinon pour y manger une poule au blanc. De votre père, disparu l’année de vos 4 ans, vous tenez un bon sens terrien vous faisant redouter l’excès de progrès. Et vous l’affirmez « une vache qui nourrit le monde fera toujours 3km à l’heure ». Pour tous, vous êtes l’inclassable « ours normand » selon votre propre surnom, est-ce à dire un tempérament fougueux ?

 
A 75 ans, le 17 Août 1955, c’est votre heure d’aller tutoyer les étoiles. Palette et casquette sont mises au clou de votre atelier de Gif-sur-Yvette. De vous, il nous reste un visage rond et gourmand, cerclé de lunettes d’écailles en plus de centaines d’œuvres et d’ouvrages : peintures, céramiques, vitraux, lettres, livres, etc.… Trop abstrait pour certains tandis que d’autres vénèrent votre façon de conjuguer, au futur, réel et imaginaire.


Vous qui rêviez de colorer les villes, j’ai aujourd’hui prétexte à vous dire que votre ville d’Argentan est en train de donner des couleurs au quartier Saint-Michel que vous avez dû connaître en friches. D’ailleurs, alentour, une rue porte votre nom. Bordée de cerisiers du Japon, elle court en toute tranquillité du n° 2 au 32.


Vous souhaitiez aussi mettre votre art à la portée de tous. Pari gagné ! Ici à Argentan, vous êtes présent au cœur de la vie et de la cité. A l’hôpital d’abord où votre ligne graphique a ses vertus thérapeutiques puis à la gare, deux lieux incontournables pour nous et inédits pour un artiste. Voyez-y un hommage hors du commun qui va plutôt bien à votre personnage soucieux d’amener l’art là où il n’est guère. La ville de Biot, en Provence, vous honore d’un musée national inauguré en 1969 par André Malraux et vous êtes omniprésent dans les grands musées d’art moderne de notre ronde planète. Ici et là, en France, des collèges et des lycées portent votre nom.

Il me reste à vous avouer que j’envie l’intimité de votre correspondance et j’ai plaisir à vous le dire en toute lettre. Une lettre a bien sûr une adresse mais voilà, à Argentan, la vôtre est double : 3 rue des Jacobins et 6 rue de l’Hôtel de ville. Et puis, comme tous les artistes, vous êtes un peu sans domicile fixe car tant d’autres adresses dans le monde vous hébergent, du moins vos œuvres.

Aussi vais-je multiplier l’envoi de cette missive pour décupler mes chances d’avoir de vos nouvelles, puisque, comme vous le savez, l’impératif de la lettre est la réponse ! 

 

Tout à vous, de cœur.


Geneviève Brame

Infobulle : infoplusidp800936

Peintre, dessinateur, graveur, décorateur, sculpteur, céramiste, Fernand Léger est né le 4 février 1898 à Argentan (61), il décède le 17 août 1955 à Gif-sur-Yvette (91).

 
 

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